Johannesburg, le 6 septembre 2022
Bonjour!
En direct de la nation “arc-en-ciel”, pour raconter mes premières heures en Afrique. En format récit de voyage, car ce continent chéri m’inspire à prendre la plume pour consigner ces premières impressions dans un calepin — oui, un vrai de vrai —, celui-là même qui m’accompagnait lors de ce premier voyage ici en 2004 et que j’ai retrouvé par hasard avant de boucler ma vieille valise. Sans boucle mais avec une de ces sangles qui retiendra mes effets au cas où la fermeture éclair choisissait de rendre l’âme exposant ma vie (en boucle) sur un carrousel d’aéroport.
Bref, voyage impeccable sur KLM et la compagnie est exactement la même que lors de mes derniers aller-retour en Afrique. Tout, tout, tout est pareil!! Même décor, même personnel sympathique, même service, même ponctualité, même bouffe: « pasta or chicken? », même syrah sud-africain. Donc, rien à signaler de ce côté.
C’est d’abord l’odeur de la fumée qui me ramène en Afrique. La nuit noire des quartiers où l’électricité est une denrée rare, car trop chère et où le feu la replace.
Du haut des airs, la nuit divise Johannesburg encore plus qu’en plein jour. Une ligne nette démarquant l’affluence ostentatoire de la pauvreté des bidonvilles. Puis, sitôt le pied sur le tarmac et le nez dehors, après l’air recyclé du voyage, c’est la fumée âcre des feux qui réchauffent, nourrissent, éliminent et chassent les insectes. Sur ce continent et dans ce pays, les contrastes sont délimités par des barbelés et des policiers armés d’AK-47.
Pas l’Afrique reposante ici et je suis touriste dans la démesure. Pas une Afrique que je connais bien et, en cette première matinée à errer sans but, je peine à comprendre les codes.
Le trajet d’une vingtaine de minutes depuis l’aéroport dans un taxi préalablement réservé et sur une autoroute quasi déserte en soirée ne m’a rien révélé sur mon emplacement dans cette ville. Le panneau à la sortie indiquait Sandton, quartier cossu pas trop loin du centre de conférence et du bureau des collègues de Mark.
La nuit a été salutaire dans un lit douillet et l’hôtel dans lequel je loge aux frais de la princesse, se trouve dans complexe qui héberge un casino.
Parcours découverte ce matin et je constate que c’est bien pire que l’horreur commerciale à laquelle m’avait préparée Mark.
Il est 10h30 et j’ai l’impression d’être replongée dans la nuit. Sans fumée cette fois. Des artifices et un scintillement tape-à-l’oeil pour recréer une idée de ce que devrait être l’Italie. (Notez l’ombre de la cheminée sur le ciel dans la première photo.)

Quand à Rome… je commande un latte au comptoir d’un café où se trouve un clavier sur lequel on me demande de saisir mon numéro. « What number ?», que je demande. « Phone number Mama ». Ah. Avec ou sans symbole du plus devant le code pays? « What do you mean country Mama, you no from here? », me demande-t-elle. « No, I’m from Canada ». Sur quoi elle répond, « take me with you ».
De ma table, j’observe le gars du resto grec d’en face sortir jéroboam, Nabuchodonosor et autres bouteilles vides qui ornent sa devanture. La jeune fille qui m’a servie vient s’asseoir à ma table pour faire un brin de jasette, me dit qu’elle vient du Zimbabwe, qu’elle est au pays depuis sept ans. Je lui demande comment elle trouve ça travailler dans un décor où c’est toujours la nuit. Elle adore me dit-elle, enchaînant avec la formule racoleuse de la pub : « No need to go to Italy! ». Je lui dit que selon ce que j’en sais l’Italie c’est lumineux et ensoleillé, pas couvert d’un plafond noir ou peint en faux nuages.

« Take pictures », me dit-elle quand je lui dis que je vais aller voir les chutes de Victoria la semaine prochaine. Je la rassure et lui dis que je compte bien en prendre.
En attendant, j’en ai pris de cette Italie artificielle qui sent le désinfectant et où les bistros et établissements de restauration rapide, le casino, les cinémas, les boutiques et centres de divertissements rivalisent pour attirer une rare clientèle matinale.
J’avoue que c’est une sacrée bonne représentation de l’idée que je me fais de l’enfer.
Le Bird Sanctuary était fermé aujourd’hui. Demain, je visite le Berceau de la civilisation. Enfin, un des berceaux, car depuis, on en a découvert d’autres. J’espère qu’il sera moins clinquant que leur Italie.
Ciao! A domani!
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